Edito :

Bienvenue, Voici l'édito du 20 septembre au 3 octobre 2021

 

« Prier, c’est porter sur Dieu toute notre attention », soulignait Simone Weil . La philosophe allait même jusqu’à affirmer que « l’attention, portée à son plus haut degré, est la même que la prière ». Or, notre capacité d’attention est mise à rude épreuve par les sollicitations répétées émanant des nos ordinateurs et de nos Smartphones. Avides de nouvelles, mais aussi désireux de maintenir des liens entre nous, nous nous sommes découverts plus indépendants que jamais aux technologies numériques pendant la pandémie. Ces outils peuvent devenir nocifs, si nous ne faisons pas preuve de vigilance. Identifier les stratégies déployées par ces « marchands d’attention » constitue un premier pas pour ne pas se laisser manipuler.

Ouvrir les yeux :

Quatre heures par jour :  c’est le temps passé en moyenne sur leur Smartphone par ceux qui ont fait le choix délibéré d’en posséder un. Bien au-delà, en général, de ce qu’ils souhaiteraient. Ce phénomène n’est pas un simple effet indésirable ; il est au contraire au contraire le résultat de choix délibéré de conception. La « captologie », qui utilise les neurosciences pour éveiller et retenir notre attention, est née à la fin des années 1990 dans un laboratoire états-unien au nom évocateur, le Persuasive Technology Lab, où ont été formées des sommités de Google, Netflix ou d’Instagram, rappelle Yves Marry, créateur de l’association de promotion de la sobriété numérique Lève les yeux

Reprendre le contrôle :

Dans son livre la Civilisation du poisson rouge (Grasset), Bruno Patino, un promoteur de la révolution du numérique avant d’en apercevoir le dévoiement, rappelle que la règle de saint Benoît prévoit un partage du temps : un tiers pour le corps, un tiers pour le travail et un tiers pour la vie intérieure. Autrement dit, si nous ne voulons pas que nos journées soient phagocytées par nos activités numériques, une régulation s’impose. On peut commencer par consulter son téléphone (rubrique « batterie », ou « paramètres ») le temps quotidien d’utilisation, voir adopter une application dédiée à ce contrôle. Et faire le choix de sanctuariser au quotidien des moments et des lieux. Ou opter périodiquement pour un « jeûne numérique ».

Cultiver sa liberté :

Pour prendre en charge ce que les psychologues appellent la « fatigue décisionnelle », les designers de plusieurs plateformes de vidéos ont déployé des fonctions de lancement automatique du contenu suivant, parfois même accompagnés, d’un compte à rebours illusoire, dont la durée est en fait délibérément trop courte pour réagir. Quant aux flux de contenus sur les réseaux sociaux ou les sites d’information, ils sont désormais le plus souvent « à défilement infini » c’est à dire que l’on trouve toujours une autre information sous celle que l’on vient de consulter. Ainsi, il est beaucoup facile de continuer que d’arrêter.

Résister à la dispersion :

Dans son ouvrage Dieu en ligne (Bayard), où elle s’est intéressée aux rapports qu’entretiennent les religieux avec les technologies numériques, la sociologue Isabelle Jonveaux rappelle un avertissement de Saint Benoît. Face aux moines « gyrovagues », errant d’une communauté à une autre, en quête de perpétuelle nouveauté, celui-ci avait instauré la « stabilitas loci »,, visant à mieux  se consacrer à la quête de Dieu., De même, s’astreindre, comme cela est recommandé dans certains monastères, à avoir un but précis en se connectant évite  de se laisser happer, habité par l’espoir de dénicher une pépite ou la crainte de manquer une information .

Exercer son esprit critique :

Plus partagés et plus consultés, les messages engendrant de fortes émotions sont favorisés  par les algorithmes de recommandations de certains services. Les contenus explicites ou violents, mais aussi les opinions extrémistes ou les fausses informations sont aussi privilégiés. Cela doit nous conduire à la vigilance. D’autant plus qu’un phénomène inconscient bien connu des publicitaires nous conduit à accorder plus de crédit aux théories ou aux objets qui nous ont été fréquemment présentés.

Examiner notre visée :

Pour Tim Berners-Lee, l’inventeur du Web, cette technologie a manqué son objectif de servir l’humanité. Ce constat amère a le mérite de soulever une question déterminante : comment inscrire le numérique dans un projet désirable pour l’homme ?  « En finance, avec un ordinateur, on peut sortir des millions, lance Will Conquer, prêtre des Missions étrangères de Paris.  Et dans vie spirituelle ? » Avec nos téléphones, estime-t-il, nous avons aussi bien « les portes de l’enfer au bout des mains » qu’un outil pour être reliés aux autres, ou même soutenir notre prière, ou évangéliser. Qu’en faisons-nous ?

Tiré par Michel Baril de la revue PRIER. Septembre 2021