Edito : Faire grandir et épanouir nos germes de vies humaines

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Voici l'édito du 30 juillet au 26 août 2018.

Il est des circonstances où se manifeste ou transpire la joie profonde de vivre des évènements ensemble, les uns avec les autres. Dans le contexte de sinistres, inondations ou attentas quel réconfort de se retrouver avec d’autres, de se rendre service ou simplement de se parler sans se préoccuper de savoir d’où on vient, discrète-ment, humblement ! On voit même parfois naître et se développer des amitiés qu’on n’avait jamais soupçonné possibles. Dans des circonstances plus exubérantes, comme celles de la coupe du monde de football, c’est aussi ensemble que s’exprime la joie ; on se parle, sans se préoccuper de savoir à quelle classe sociale on appartient, ou de quelle sensibilité culturelle on vient.
Joie éphémère ? certes… Et pourtant : on remarque qu’on se parle et c’est ressenti comme bien réconfortant, alors que si souvent on se croise sans même se voir. C’est les uns avec les autres qu’on peut exprimer une véritable joie. On peut noter également qu’on doit cette joie à d’autres que nous-mêmes et c’est eux qui ‘ont mouillé le maillot… pas nous ! Il a été souligné que leur victoire tenait de ce que, venant de clubs différents où la technique de jeu est loin d’être la même pour tous, ils ont su laisser leur ‘ego’ pour faire équipe. On peut remarquer encore qu’on s’affirmait heureux de se reconnaître d’un même peuple, français en l’occurrence…
Il se trouve aussi que, depuis quelque temps, on évoque la ‘fraternité’. Un mot, une réalité qui figure depuis longtemps au fronton de nos édifices publics, réalité comme ignorée par la revendication de sa liberté, bien souvent réclamée comme ‘individuelle’, et une égalité qui se préoccupe bien peu de donner à chacun toute sa place…N’est-ce pas la fraternité qui est la sève d’une liberté et d’une égalité vrai-ment humaine ?
Nous avons besoin les uns des autres pour reconnaître les germes de vie qui se font jour, discrètement, dans bien circonstances de notre vie, de la vie des hommes. Nous avons besoin les uns des autres pour ne pas les laisser étouffer dans l’agitation de nos activités humaines, mais au contraire à se développer et rayonner.
Le grain de sénevé de l’évangile est une toute petite graine et pourtant il devient un arbre qui abrite… Jésus confie aux siens d’être ‘levain’ dans la pâte humaine, ‘sel de la terre’ qui donne goût à la vie des hommes avec qui nous habitons, ‘lumière du monde’ -pas pour être regardé, mais pour éclairer. A la suite de Jésus qui a été bien réellement’ lumière de Dieu’ qui a donné saveur à la vie de ceux qu’il a rencontrés. Jésus n’a jamais demandé à ses disciples de rester ‘béats’ devant lui, mais, tout particulièrement après sa résurrection, quand il manifeste sa présence auprès des siens c’est pour leur témoigner de toute sa con-fiance en les envoyant en mission : « C’est à vous d’être les témoins » de son amour, de l’amour qui fait vivre. S’il nous est indispensable de reconnaître sa présence à nos côtés dans la prière, dans le repas qu’il nous convie à partager, s’il nous est indispensable de rendre grâce ainsi pour toute sa confiance et celle de Dieu notre Père, dans le souffle de son Esprit, c’est pour être vraiment en mesure d’être, au quotidien, ses disciples.
Et si « c’est à ce signe que nous pouvons être reconnus comme ses disciples, : que nous nous aimons les uns les autres comme il nous a aimés » et que cet amour est à vivre, comme nous le dit saint Jean, « non par des paroles et des discours, mais en, actes et en vérité », son évangile ne nous dit pas comment aimer, par quels actes précis, quelle présence etc…… aimer même les siens, son enfant qui a un caractère difficile, son voisin qui vient de vivre une épreuve douloureuse, ou ceux-là qui ne sont pas marqués par la même culture que nous, ceux-là que nous ne verrons jamais, peut-être à l’autre bout du monde, et qui sont pourtant nos frères…
Il nous remet d’en chercher les moyens. Çà nous implique personnellement, mais nous avons aussi besoin les uns des autres. Nous avons besoin de connaître, discrètement, avec beaucoup de respect. « Pour enseigner John, il faut con-naître John » Ce n’est pas en essayant d’imposer aux Burkinabés leur manière nantaise de cultiver les légumes, qu’ils les ont aidés, mais dans une écoute mutuelle ils leur ont permis de découvrir ce qui convenait mieux à leur climat et leurs cultures…
La vie commence petit. On grandit jusqu’à notre taille adulte, et ça demande du temps, des années… Mais en taille adulte, on n’a jamais fini de grandir en humanité. Encore faut-il nous disposer et nous entraider à reconnaitre et faire grandir ces germes de vie, puisque c’est le désir de Dieu que « nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance ».

Joseph Bonhommeau