Edito : 60 ans

60 ans que je suis prêtre… Mais, ma vie a commencé avant ! Mes années de petits et Grand Séminaires qui, en plus de l’enseignement reçu vous plonge dans la vie communautaire… Et les vacances à la maison partageant à mon niveau, selon mon âge, les activités de la ferme, plantations, récoltes, moissons, vendanges, etc… où l’on ne manipule pas les éléments à sa guise, mais où on en fait quelque chose quand on respecte leur nature, dans le climat où ça se vit… Services rendus, tout simples et discrètement, par exemple quand celui qui vous balance les bottes de foin que vous avez charge d’arrimer dans la charrette vous les place à proximité de vous… Activités toutes simples qu’on vit en solidarité… ‘Vacances’ qui furent de nombreuses années celles de ma vie de prêtre et qui m’ont beaucoup aidé à saisir les réalités en particulier du monde agricole de chez nous. (Monde agricole qui a bien changé et qu’aujourd’hui, je connais si mal…)

6 ans vicaire-instituteur où les enfants m’ont appris à me faire au langage de leur âge, où aussi, j’ai perçu plus tard que je n’avais pas su faire assez confiance à ceux qui avaient plus de difficultés…

Ministère marqué par les Mouvements de jeunes, MRJC, d’adultes CMR, MCR, en particulier. Ils m’ont entraîné à participer à de sérieuses sessions de formation, soucieux de mieux connaître le monde dans lequel nous vivons, avec approfondissements bibliques et théologiques en vue d’imprégner le mieux possible de la Bonne Nouvelle ceux et celles avec qui nous cherchions à regarder leur vie, nos vies. On y a beaucoup travaillé et aussi beaucoup ri. (Il est vrai que quelqu’un a noté : « Ne me parlez pas des gens qui ne rient jamais, ce ne sont pas des gens sérieux !)

J’ai été très frappé par la confiance qu’on m’a faite. A diverses reprises, on m’a appelé à des missions auxquelles je ne m’attendais pas… et que me suis efforcé d’assumer de mon mieux, avec mes limites, mais aussi avec le soutien apporté par ceux et celles avec qui je les ai vécues.
Ça m’a conduit à beaucoup mieux saisir à quel point Dieu me fait, nous fait confiance : faire confiance, en fait, c’est dans l’ADN de Dieu, sa confiance à Abraham, à Moïse, à tous ses prophètes de tous temps, confiance manifestée en Jésus qui nous envoie comme témoins de la Bonne Nouvelle de sa présence et de son amour. J’en suis convaincu : Dieu nous fait bien plus confiance que nous ne lui faisons nous-mêmes confiance.
Et ce n’est pas une confiance de démission où nous pourrions nous débarrasser sur lui des responsabilités que nous avons à porter, Mais au contraire une confiance qui nous dynamise pour les assumer nous-mêmes puisqu’il est avec nous.

Et ça aussi ça marque ma vie : Dans des rencontres de chrétiens où l’on soulignait que l’important n’était pas ‘d’avoir plus’, mais ‘d’être plus’ j’ai mieux perçu que surtout ce qui nous vivifie, c’est ‘d’être-avec’. Et voilà que j’ai pris conscience à quel point Dieu nous invite à le reconnaître. C’est une affirmation qui revient à chaque instant dans la Bible : « Je suis avec toi »… Un confrère m’a dit, en janvier que ça revenait plus de 560 fois dans la Bible ! Et à Noël nous fêtons ‘l’Emmanuel’, ‘Dieu-avec-nous’, et nous ouvrons nos célébrations par cette expression ! y croyons-nous assez ? C’est pourtant ce que Jésus a vécu avec tous les braves gens qu’il a rencontrés sur les chemins de Palestine. Il en a scandalisé les bien-pensants !
Et si Dieu se fait avec-nous, c’est pour nous faire saisir que notre vie est les uns avec les autres : « Que tous soient un, comme toi, Père tu es en moi et moi en toi ».
Dieu nous appelle à vivre une fraternité qui nous fait vraiment humains. Quelle assurance quand on se sait ‘avec’, exprimé de mille façons : ‘T’inquiète donc pas, je suis là !’…

J’apprécie aussi beaucoup le soutien de mes frères de la Fraternité Sacerdotale Jesus Caritas’ association dans l’esprit de Charles de Foucauld. Charles de Foucauld parti ‘crier l’Evangile par toute sa vie’, aux plus loin de l’Evangile ‘aux périphéries’ dirait le pape François, se voulant ‘frère universel’ en témoin de son « bien-aimé frère et Seigneur, Jésus ». Et dont la ‘fraternité avec les Touaregs s’est singulièrement approfondi quand dans une période de famine, eux qui n’avaient rien, lui ont sauvé la vie en prenant sur le peu de nourriture à leur disposition. Il était le frère qui donne, le voilà frère qui reçoit. ‘de père qu’il était, il est devenu frère’ a pu écrire A. Châtelard
(Je vous invite au spectacle de F. Agnello : ‘Charles de Foucauld, frère universel, dimanche 13 oct. A 15 h.30, église de St Philbert)

Je vous remercie de rendre grâce au Seigneur avec moi pour ce qu’il me donne de vivre humblement.

.Joseph Bonhommeau