Edito : “Je te rends grâce, Père : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits ” Luc 10 : 21

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Voici l'édito du 18 juin au 1er juillet 2018.

Au volant de sa voiture, on ne voit guère que la route, on tempête contre les imprudences des autres… On pense davantage à l’engueulade qu’on aimerait bien leur passer, si on les avait devant soi… bien plus qu’au merci qu’on pourrait adresser à ceux dont on apprécie la conduite.
L’autre jour, on voyageait en car, et on se faisait part d’observations concernant que les espaces que nous nous traversions, notamment ceux que nous avons tant traversés au volant de nos voitures, soulignant d’ailleurs davantage ‘ce qui n’était pas mal’ que ce qui était déplorable.
Mais qu’en est-il de la conduite ‘de nos vies’ ? Prenons-nous assez le temps de vérifier ‘où nous allons’, ‘où ça nous mène tout ça’ ?: ce que nos faisons, ce que nous recherchons… On est dans un monde où il faut tout faire vite, aller encore plus vite, au point que comme disait quelqu’un, ‘il faut se dépêcher de dormir !’
Et si le temps de’ vacances’, de ‘congés’ – que, malheureusement tout le monde ne peut pas prendre – Si ce temps nous offrait ; cette possibilité, calmement, sans nous prendre la tête, de faire le point, de vérifier un peu où on est, de voir plus large, déjà mieux prendre conscience de ce qui nous épanouit vraiment, même au milieu des difficultés que nous vivons…
Prenons le temps de cerner les œillères qui limitent le champ de vision de notre cœur, mais déjà le champ d’écoute de nos oreilles et de notre cœur. Jacques Brel chantait : Derrière la saleté s’étalant devant nous, Derrière les yeux plissés et les visages mous Au-delà de ces mains ouvertes ou fermées, Qui se tendent en vain oui qui sont poing levé, Plus loin que les frontières qui sont de barbelés, Plus loin que la misère, Il nous regarder. Il nous faut regarder ce qu’il y a de beau, le ciel gris ou bleuté, les filles au bord de l’eau, L’ami qu’on sait fidèle, Le soleil de demain, Le vol d’une hirondelle, Le bateau qui revient.
Par-delà le vacarme des rues et des chantiers, Les sirènes d’alarme, les jurons de chartiers, Par-delà le concert des sanglots et des pleurs Et les cris de colère des hommes qui ont peur, Plus fort que les enfants qui racontent les guerres, Et plus fort que les Grands qui nous les ont fait faire, Il nous faut écouter l’oiseau au fond des bois, le murmure de l’été, le sang qui monte en soi, Les berceuses des mères, les prières des enfants Et le bruit de la terre qui s’endort doucement.
Aveuglés par ce qu’on nous rappelle sans cesse des maux de notre monde,- et qu’il ne s’agit ni de nier, ni non plus de négliger – peut-être faut-il un peu de temps pour accommoder nos yeux et nos cœurs ou enlever la taie qui déforme notre vue pour ‘voir’ ce qu’il y a de beau dans la nature -ça nous fortifiera pour, nous aussi, la protéger, voir ce qu’il a de beau et de réconfortant dans la sympathie, l’amitié, le respect, les services qui se rendent, etc… humblement dans le quotidien de nos vies, mieux percevoir où notre cœur trouve le plus de véritable paix : là où la peur nous enferme dans la méfiance, ou là où la confiance s’établit quand on dépasse nos préjugés en prenant les moyens de mieux nous connaître ?…
Ne nous faut-il pas du temps et du silence pour ‘écouter’. Les Africains nous ont su remarquer ‘qu’un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse’ Écouter, c’est reconnaître qu’on a à apprendre, à découvrir au risque d’en être bousculé, mais convaincu que ça nous grandira
Élargir le champ de vision de nos yeux et de notre cœur, le champ d’écoute de nos oreilles et de notre cœur, n’est-ce pas ce que Jésus nous appelle à vivre, lui qui savait si bien regarder la nature pour nous faire saisir le sens de notre vie, lui qui nous manifeste une telle attention, un tel respect dans sa manière d’écouter jusqu’aux plus petits (braves gens et pécheurs) de ceux qu’il a rencontrés. Un amour qu’il puisait dans l’amour de son Père, notre Père, et dont il lui rend grâce : « Je te loue, Père, ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » Luc 10 : 21
Il répondait à l’appel incessant de Dieu à son peuple tout au cours de son histoire : « Écoute, ô mon peuple » parce qu’il veut « que nous ayons la vie, et la vie en abondance » dans la fraternité qui fait, en lui, œuvrer à notre unité pour laquelle il a prié.
A nous aussi de lui rendre grâce, avec Jésus
Et je suis persuadé que Dieu se réjouit de nous voir nous ‘rendre grâce’ pour la vie qu’il nous confie de nous donner.
Laissons Dieu ouvrir notre cœur à la taille du sien.

Joseph Bonhommeau